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dimanche 20 mai 2007

720 - Souffrir pour être laide

Jennifer est un produit.

Dix-huit ans, jolie, vulgaire, sotte, inculte, elle a décidé de s'épiler, devenir blonde, se faire réduire le volume mammaire, remodeler les pommettes et gonfler les lèvres.

Banal.

Après six mois de travaux forcés mais nécessaires sur son corps juvénile et sa face de "dindonnette" caquetante, Jennifer est enfin devenue comme elle le souhaitait, c'est-à-dire uniforme, incolore, aseptisée, insipide, "poulaillère".

Bref, sans intérêt. Cela dit sa cervelle n'a pas bougé.

Jennifer est très fière : elle a accédé à une forme contemporaine de laideur populaire, certes démocratique mais qui n'est pas pour autant à la portée de toutes les finances...

Depuis ses multiples passages sous le scalpel de son "artisan esthéticien" et après s'être durablement endettée, Jennifer est donc devenue blonde, moche, maigre, malade.

Mais heureuse.

D'autant plus heureuse que son bonheur est contrefait lui aussi, dans les règles de l'art...

Enfin presque heureuse... En effet, il ne lui reste plus qu'à se faire sculpter les fesses en forme de coeur retourné et que sur ce nouveau cul charcuté son string soit bien visible derrière son jean-taille-basse afin de ressembler encore plus à sa chanteuse préférée du moment pour que son bonheur soit vraiment parfait.

721 - Leçon de séduction

LES BELLES ET LES LAIDES

Amis blancs gantés, apprenez qu'une femme désirable est la première ennemie de l'esthète en tant qu'elle représente un danger pour sa crédibilité. Ce qui fait la grandeur du bel esprit, c'est que les femelles beautés s'inclinent devant lui et non l'inverse. La beauté des femmes leur confère un pouvoir immense, jusque dans les chapeaux de nos empereurs, aussi faut-il dès le premier regard contrer cette supériorité naturelle qui les rend si invincibles et je vais m'employer à vous expliquer la manière de procéder dans ce difficile exercice de domination. J'évoquerai brièvement le cas des laides, beaucoup moins fâcheux.

Ne flattez jamais la beauté d'une femme. Même pauvre, sotte, méchante, sans éducation, une femme qui se sait belle triomphera de tout. Partout, toujours. La plus grande force d'une femme consistant dans son éclat, la meilleure façon de rester le dominant est encore de le lui contester. Tout en finesse.

Plus la femme que vous désirez sera belle, moins il faudra vous intéresser à elle. Le prix de son hymen étant très élevé, vous agirez avec dissimulation, patience, perfidie, voire franche cruauté. Ne craignez pas d'être odieux avec les femmes de grande beauté. Accoutumées à exercer leurs charmes venimeux sur la gent masculine, les créatures sont loin d'ignorer les rouages de la férocité... Dans cette situation inédite, c'est contre elles que s'aiguiseront les crocs de la séduction et vous qui tirerez les fils du pantin.

Les belles femmes n'ayant pas l'habitude d'être traitées avec dédain, surprenez-les ! Sur vous elles lèveront les yeux. L'indifférence pour une belle femme étant la pire des offenses, vous en abuserez jusqu'à ce que, excédée par votre mépris, elle vienne vous manger dans la main. Dès cet instant vous deviendrez le maître du jeu : elle la mouche, vous le lion.

Le secret de votre succès ? Les belles femmes, nécessairement orgueilleuses, ne supportent pas de ne pas séduire... C'est sur ce point sensible qu'il faut influer. A votre injurieuse indifférence, elles réagiront avec une sorte de panache suicidaire en se jetant à vos pieds, folles non pas de vous mais de leur propre image.

La beauté et ses poisons constituant leur mode d'action et de pensée privilégié (le fonctionnement psychologique de ces femmes étant essentiellement basé sur l'aspect avantageux de leur personne), osez remettre en cause leurs plus chères certitudes. Elles s'en émouvront, bien qu'elles feindront ne point en être touchées.

La grande règle avec les belles femmes, c'est de ne jamais ramper à leurs pieds. Succomber à cette faiblesse, c'est déchoir de son statut de seigneur.

Quant aux laides, vous leur ferez croire qu'elles sont belles. Ces jouets de chiffon, beaucoup plus malléables il est vrai que les poupées mondaines, ne vous en seront que plus dévouées. Toutefois soyez subtils si vous voulez qu'on vous croie : ornements de langage (sans en abuser), savantes amabilités et charmants détours seront vos meilleurs alliés lors de ces piètres conquêtes.

Bien entendu votre ton sera posé, sage, voire grave. Solennel même (votre pompe ne sera jamais ridicule aux yeux d'une femme laide, au contraire). Et vos mots, choisis mais non excessifs, parleront de choses vraies, à portée de vue. Ne soyez ni légers ni irréalistes avec les laides. Les femmes sans charme affectionnent plus que tout autres les séducteurs rassurants, les discours proches. Avec des artifices somptueux vous ferez rêver une créature, mais avec des leurres simples vous mettrez un laideron en extase.

Jamais un laideron ne méprisera un flatteur, pourvu qu'il sache simuler les accents chastes de la sincérité. Une femme même très laide restera toujours une femme : sensible aux mots veloutés de l'amour. Elle sera éveillée, attentionnée, séduite par vos mots sucrés, surtout s'ils sont banals et attendus : le tout est de porter un masque de grande sincérité. Renforcez ainsi le sol de son propre terrain, son éducation fera le reste : conditionnée comme toutes les femmes par certains schémas mentaux primaires mais efficaces, la femme laide y cèdera plus facilement que les autres, n'ayant pas de plus impérieuse exigence que de se sentir aimée.

Ainsi aucun cheveu de femme ne doit dépasser le front de l'authentique esthète. Cela dit, seules les belles femmes resteront les vraies adversaires de la canne et du chapeau. Les sujets plus communs, voire les vrais laiderons, auront droit à l'indulgence du bel esprit qui daignera leur cracher à la face non pour l'honneur mais pour la forme.

718 - Les nuisances de la publicité

La publicité est un déchet culturel hautement nocif.

Les publicitaires en mettant en scène leurs produits vous font croire que vous êtes tous des héros, de braves gens ou de beaux esprits alors qu'en réalité vous êtes tous des minables, des lâches, des crétins finis.

Ils vous montrent la vie et le monde selon des critères flatteurs, mensongers, outranciers, dans le seul but de leur mise en vente. Ils vous assurent, images et discours percutants à l'appui, que vous êtes des hommes dignes de ce nom. Mais moi je sais bien que vous n'êtes que des chiens. De misérables toutous même pas méchants : juste mis sous les somnifères de la pensée que vous avez vous-mêmes achetés. Et au prix fort encore.

Vous ne bronchez pas quand on viole votre cerveau à grands coups de matraques télévisuelles, radiophoniques. Les maquereaux de la pensée parviennent même à vous faire rire. Manière habile de vous rallier à leur cause.

La publicité, par son caractère trivial, populaire, faussement artistique heurte ma sensibilité d'aristocrate en particulier, offense le goût en général par son aspect clinquant, par ses artifices vulgaires, par ses éclats mensonger, ses bassesses de vue, de forme et de fond. Elle est une atteinte parfaite à la Beauté.

Mon rôle est de dénoncer l'abrutissement ambiant, de détourner les humains-bovins de leurs passions vulgaires, ineptes, de leur désigner des sommets et non des insignifiances.

J'ai pour la publicité un mépris définitif. Si c'est un art, alors c'est l'art de vendre du vent, l'art de tisser le mensonge, l'art de faire rêver les moutons afin de les faire mieux bêler. Il n'y a aucun rapport entre l'Art et la publicité, deux choses résolument incompatibles. L'esthète ne peut éprouver que mépris pour la publicité, oeuvre béotienne par définition.

Je ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes ici. Il est bon cependant de rappeler la nocivité de la publicité, expression la plus achevée de la vulgarité, de l'ineptie, de l'abrutissement de masse que certains esprits contaminés par les médias assimilent à l'Art.

719 - Anti-pédophilie : excès et chasse aux sorcières

Il y a vingt ans la pédophilie passait quasi inaperçue. La preuve : Conh-Bendit a avoué sa pédophilie (que je crois réelle, sinon c'est un menteur et je ne fais plus confiance aux écrivains qui s'épanchent dans leurs livres) devant les caméras de la télévision dans une célèbre émission présentée par Bernard Pivot et personne n'avait réagi à l'époque. N'est-ce pas la preuve flagrante qu'il y a des scandales à la mode et des révoltes conditionnées par les médias ?

Il y a trois siècles la torture ne révoltait personne. Aujourd'hui les révoltes sont savamment choisies selon la sensibilité et les besoins du moment. Qui de nos jours est outragé par l'Armée, institution légale où l'on apprend à tuer son prochain avec méthode et adresse, par les abattoirs où l'on assassine encore des chevaux au nom de la gastronomie, etc. ? Qui s'offusque de tout cela ?

Lecteurs, il y a vingt ans vous ne vous seriez pas offusqués de la pédophilie comme vous le faites aujourd'hui, car aujourd'hui vous êtes dans le courant de la pensée ambiante. Et vous le suivez, tout simplement.

Ce qui est grave, car cela signifie que si la dénonciation de la pédophilie n'était pas à la mode aujourd'hui, vous ne dénonceriez pas la pédophilie : elle ne vous gênerait nullement comme elle ne gênait pas grand-monde dans les années soixante-dix.

Comme la plupart des contemporains, votre humanisme ne découle pas de la qualité de votre coeur ni de la beauté de votre esprit, mais du courant de pensée qui vous emporte. En effet, si tel n'était pas le cas vous auriez dénoncé (à contre-courant) les abattoirs ou les boucheries par exemple.

Vous dénoncez la pédophilie comme d'autres défoncent des portes ouvertes. Moi je dénonce l'ineptie de la pensée ordinaire qui consiste à régler la morale universelle sur les textes de loi. Comme si les textes de loi avaient valeur universelle... N'oubliez pas que les textes de loi changent au gré de l'évolution des moeurs, des progrès de la civilisation. Hier la question de la torture ne se posait pas. On appelait cela la "question". Ces pratiques barbares légales étaient admises par tous. Seuls les êtres évolués dénonçaient la torture. Il en est de même aujourd'hui à propos d'affaires qui vous paraissent anodines. Les vrais humanistes ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Vous êtes anti-pédophiles parce que les textes de loi vous demandent de l'être.

Par la seule qualité de votre conscience personnelle vous serez d'authentiques anti-pédophiles, et non par obéissance à la loi qui vous demande de l'être ou parce que c'est à la mode, socialement valorisant d'être anti-pédophile et de le montrer.

Et si demain la loi vous demandait d'être de véritable enragés contre les détracteurs de mon espèce ? Vous le seriez.

Rappelons-nous que la pédophilie en elle-même n'a jamais été un crime. Le fait d'être sujet à des pulsions heurtant la morale, à contre-courant des moeurs, et même franchement contre-nature n'est en soi pas répréhensible. Etre né avec la peau blanche ou noire ne constitue pas une offense à la loi, ni à la morale. Il en est de même pour les orientations sexuelles des individus.

Etre pédophile, c'est-à-dire se sentir sexuellement attiré par les enfants, n'est en soi pas une chose illégale ni même immorale, je le répète. Un prêtre peut se sentir profondément pédophile, cela n'a jamais constitué un péché, encore moins un délit. Le pape lui-même peut être foncièrement pédophile (il l'est d'ailleurs peut-être, qui peut vraiment savoir ?), cela ne pose nullement de problème.

Nul n'est responsable de sa sensibilité sexuelle.

Le seul mal n'est que dans le passage à l'acte, et exclusivement dans le passage à l'acte sous quelque forme que ce soit. La loi et la morale ne reprochent pas aux pédophiles d'être des pédophiles, c'est-à-dire d'être nés ainsi, mais seulement le fait de passer à l'acte. La nuance est capitale. Tant qu'il n'y a pas passage à l'acte, n'importe qui peut revendiquer être un pédophile irrécupérable. Personne ne peut reprocher à quelqu'un de se sentir sexuellement attiré par les enfants, de même que personne ne peut reprocher à son semblable de préférer le chocolat à la fraise des bois.

Les prêtres pédophiles, tant qu'ils ne commettent pas de passage à l'acte, demeureront des gens fort recommandables. Leur pédophilie patente, tant qu'elle est contenue sur le plan social et personnel ne me gêne d'aucune manière.

Ne confondons pas pédophilie latente (ou pédophilie contenue) et passage à l'acte, deux choses fondamentalement différentes. Sinon, c'est comme si l'on confondait simple envie de tuer son voisin avec assassinat effectif. Ne lynchons pas la catégorie des pédophiles honnêtes qui, conscients du problème, ne passent jamais l'acte avec l'autre catégorie, les pédophiles sans conscience qui donnent corps à leurs pulsions.

La pédophilie congénitale répétons-le n'est pas un crime. Sinon le fait d'être né bossu, invalide ou attardé mental serait également un crime, et cela justifierait le racisme.

715 - La marche sur le feu

Dans le domaine indigeste des mystères éculés, des naïfs s'imaginent encore avoir affaire à l'inexpliqué à propos des fakirs du dimanche et de leurs dupes disciples marchant pieds nus sur le feu...

Sujet de questionnements abyssaux pour les cadres américains moyens en quête de "challenge" (dans le but d'améliorer la cohésion et la performance des employés de leurs entreprises) ou simplement pour les gros ploucs de la France profonde, la marche sur le feu n'a pas fini d'ébahir les gogos de tous poils et les pigeons de peu de plumes...

Nul besoin d'être grand gourou des "Adorateurs de la Connerie Humaine" ou même scientifique confirmé pour se rendre compte de l'extrême banalité du phénomène. Un minimum de bon sens suffit pour faire voler en éclat ce mystère de concierges, cette "énigme surnaturelle" des ménagères impressionnables : marcher sur le feu est à la portée de n'importe quel bipède venu.

Aucune force mentale, aucun don particulier n'est nécessaire pour poser le pied sur la braise sans grand dommage. Les lois les plus élémentaires de la physique permettent tout simplement ce "prodige", à condition bien entendu de ne pas s'attarder bêtement sur les cendres brûlantes...

Les lois physiques et mécaniques sur les échanges de chaleur entre les corps qui sont en action ici n'interdisent pas de marcher sur le feu avec le sourire. Sans traumatisme physique, donc. Dans une certaine mesure bien entendu : selon certaines conditions de sécurité. Pour peu que vous n'enduisiez pas sottement vos pieds d'essence ou d'huile avant de vous balader sur les braises et que vous alliez d'un bon pas, vous ne vous enflammerez pas, n'aurez aucune grosse brûlure, n'endurerez nulle douleur insupportable.

Le délai d'entrée en action dangereuse de ces lois sur les échanges de chaleur à partir du premier contact entre la braise et la plante des pieds étant d'une dizaine de secondes (variable à quelques secondes près selon l'épaisseur de la corne de la plante des pieds, la température de la braise, le temps de contact du pied contre la braise, la pression du pied sur le brasier -donc le poids du corps du marcheur-, la surface du pied et le mode de la marche), vous pourrez marcher 10 mètres sans aucun dommage majeur.

Mais essayez de marcher 50 mètres, 100 mètres sur la braise... Vous vous apercevrez alors que, appliqué à ces jeux, le prétendu défi aux lois physiques ne fonctionne plus ! L'expérience a ses limites et si vous insistez un petit peu, la braise commencera par vous brûler la plante des pieds, "force mentale" ou pas. D'ailleurs aucun gourou paradant sur la braise, très curieusement, n'a jamais dépassé le nombre de mètres nécessaires qui risqueraient d'anéantir son "supra-pouvoir paranormal" et ainsi de l'exposer au ridicule, fatalement accompagné de brûlures, fort normales quant à elles...

Des imbéciles payent cher des escrocs pour effectuer ce genre de stage : juste pour marcher une dizaine de mètres sur le feu et se croire extraordinaires, s'imaginer dotés de pouvoir paranormaux ou bien se persuader être doués d'une force intérieure peu commune...

Comment peut-on être sot, crédule, décérébré à ce point ?

716 - Courageux comme un chien féroce

Certes SADDAM HUSSEIN est mort avec dignité, courage et même avec un réel panache au bord de la corde. Une gifle pour BUSH devant qui il n'a pas perdu la face, au moins dans son attitude personnelle.

Il y avait même un certain comique qui se mêlait au tragique et au sordide, à travers les échanges du condamné avec l'entourage : SADDAM apparaissait comme un diablotin monté sur ressort, ne perdant pas son sens de la répartie à deux doigts du baiser de la Camarde.

SADDAM restait imperturbable, semblant prendre son exécution comme un acte banal.

Tout cela n'empêche pas qu'il fut aussi l'incarnation du Mal.

Responsable d'une guerre ayant coûté la vie à un million d'êtres humains, sans parler des tortures et diverses autres injustices pratiquées sur son peuple, SADDAM HUSSEIN était un être malfaisant. Jugerait-on à présent un homme sur sa capacité à mourir avec courage ou lâcheté et non sur ses actes ? N'oublions pas que SADDAM massacrait et torturait aussi avec "courage"... Les grands oiseaux de son espèce en général ont un rapport particulier à la mort.

Côtoyant depuis toujours le Mal, la souffrance, la ruine, ils ont appris à étendre avec gravité et panache leurs grandes ailes noires. Prêts à affronter toutes les tempêtes, ils ne s'effraient pas plus de leur propre mort que de celle des autres, qu'ils provoquent en masses et au quotidien. Alors, courageux SADDAM ? Je dirais tout simplement mauvais. Fort dans l'orage. Digne dans le drame. Noble dans la hideur. C'était un homme de la nuit, il en avait les funestes éclats. Les verseurs de sang ont toujours le courage du mal, jamais celui du bien.

Ce qui n'empêche pas que BUSH soit malfaisant lui aussi. L'un a le chapeau de l'emploi, l'autre porte un masque d'honorabilité. Tous deux répandent mort, larmes, misères.

Ainsi les choses en ce monde sont nuancées, contradictoires, déroutantes. Tout ne s'accorde pas toujours ou alors tout peut être fait d'un bloc, comme les bouteilles sont à moitié pleines, à moitié vides, les arbres dissimulent des mulets, les forêts sont vierges et les vierges collectionnent des timbres. Un nazi peut passer pour un saint aux yeux de certains à la suite d'actes humanistes de sa part sans rapport avec ses convictions et actes nazis, une bonne soeur peut faire des casses sanglants à la mitraillette (c'est un exemple certes improbable mais non absolument impossible) ou bien un héros à la barbe d'airain peut se fracasser le crâne en glissant sur un escargot de Bourgogne.

Oui SADDAM HUSSEIN est mort avec éclat et il a sinon forcé l'admiration, du moins étonné le monde entier.

Il n'en reste pas moins vrai qu'il fut un grand criminel, le fait de mourir le regard clair n'empêchant pas d'avoir les mains sales.

717 - De la confiture d'Abbé Pierre

Les journalistes ne sont que de vulgaires arroseurs de potagers mouillés, des chasseurs de moucherons armés de gros calibres, des messies de l'insignifiance.

Récemment ils nous ont servi de l'Abbé Pierre froid à la pelle, au quintal, à la tonne, du parfumé aux cinq épices, du laqué accompagné de ses carottes, du sous forme de sirop épais, du lubrique, du chaste, du bien sucré, du plus croustillant, du beurré au sel de Guérande, du gros sec, du qui sent bon, du qui pue, du qui fait pisser, du qui constipe, du qui fait dégueuler...

Abbé Pierre labellisé vendu par paquet de trois pour le prix d'un seul, Abbé Pierre à droite, Abbé Pierre à gauche, en haut, en bas, au travers de la gorge, au fond du trou...

Over-dose ? C'est précisément ce que recherchent ces vendeurs de lessive : vous carrer de l'Abbé Pierre dans les tripes jusqu'à vous en faire péter la panse ! Jusqu'à ce que se déclenche dans votre tête reformatée selon leurs normes ce réflexe libérateur qui fera de vous un citoyen laineux heureux d'appartenir à l'espèce bêlante, obèse d'informations stériles, engraissée à la pensée médiatique du moment. Abrutis par le matraquage incessant de ces journalistes à la solde du dieu des bovins, vous allez enfin vous précipiter sur leur camelote : éditions spéciales sur papier glacé, babioles-souvenirs à tête d'Abbé Pierre en authentique plastique pas recyclable, biographies complètes dégoulinantes de photos inédites, DVD sur la vie du défunt, et même lessive qui lave vos péchés de mauvais acheteurs, qui vous ôte la crasse anti-journalistes que vous avez dans la tête.

Un journaliste (de la télévision surtout), ça vit sur l'air du temps, les ronds de carottes, sur le vent, la fumée, l'illusion, le rien du tout.

Un journaliste, c'est fait pour nous dire qu'il pleut quand il pleut, qu'il fait beau quand il fait beau, qu'il fait nuit quand le soleil se couche, qu'il fait jour quand il se lève. Bref, un journaliste c'est fait pour vous raconter de cent manières différentes ce que vous savez déjà depuis toujours : la lune est ronde, un carré a quatre côtés, les roues tournent sur elles-mêmes, vous êtes des imbéciles, l'Abbé Pierre est mort... Toutes ces vérités vérifiées mille fois, les journalistes s'ingénient à vous les rappeler chaque matin, chaque midi et chaque soir de vos vies de ruminants.

Mais la dernière pelletée de terre a déjà recouvert la dépouille de l'Abbé Pierre, les journalistes passeront bientôt à un autre gueuleton médiatique.

Je pressens une très prochaine indigestion de "Ségolène-patates-poireaux" accompagnée de sa sauce Sarko...